Arbres légendaires, des botanistes aux voyageurs

S’il est parfois évident de retrouver la trace d’arbres fabuleux, certains sont parfois évoqués avec juste un entrefilet dans les livres. Dénicher les ouvrages originaux n’a parfois pas été évident.

  • Arbor tristis

Arbor tristi DuranteUn arbre référencé par Castor Durante dans son Herbario Nuovo publié en 1585. L’illustration présente un arbre sous la lune et le soleil, dont le tronc semble être façonné dans un corps humain.

L’Arbor tristis a été décrit en couleur dans la version allemande du texte, le Hortus sanitatis.

On croyait que l’arbre de la tristesse qui fleurit la nuit est un arbre originaire d’Amérique du Sud, dont le tronc a pris la forme d’un corps de femme. Une ancienne fable amérindienne raconte que la jeune et belle fille du puissant chef guerrier Parizataco, est tombée amoureuse du soleil. Mais quand le soleil l’a méprisé en rejetant son amour, elle s’est retirée de toute compagnie humaine dans la forêt. Son chagrin a finit par la tuer.
Quand son corps a été retrouvé par son peuple, il a été ramené à son village natal, mis sur un bûcher funéraire, et incinéré selon la coutume de sa tribu. Des cendres de son corps jaillit l’arbre du chagrin, dont la magnifique fleur ne s’ouvre jamais le jour en présence du soleil.
Ses fleurs déployent leurs pétales la nuit sous la lumière fraîche de la lune et des étoiles, et remplit l’air de la nuit avec un doux parfum. et quand le soleil s’est levé le matin, la fleur de cet arbre s’est fermée. ses feuilles se flétrissaient et l’arbre semblait mort et stérile, seulement pour rajeunir et se dérouler à nouveau sous les rayons de la lune. À chaque fois qu’une main humaine touchait l’arbre en fleurs, la fleur de cette plante sensible se refermait et leur doux parfum disparaissait.

  • Les pommes de Sodome

En route pour le moyen-orient, à  la recherche d’une autre plante devenue légendaire : les pommes de Sodome. Une plante poussant sur le site des anciennes villes de Sodome et Gomorrhe détruites par la colère divine.

« Et Iahvé  fit pleuvoir sur Sodome et sur Gomorrhe du souffre et du feu provenant de Iahvé,  des cieux. Il anéantit ces villes, ainsi que tous ces habitants des villes,  et les germes du sol. » (Genèse, XIX, 24)

Une plante déjà décrite par Solin dans son De mirabilibus mundi XXXVI (Des merveilles du monde). Cette description est reprise par Flavius Joseph dans la Guerre des Juifs  (livre IV-4).

image_crop_333x220« Dans son voisinage est la région de Sodome, territoire jadis prospère grâce à ses productions et à la richesse de ses villes, maintenant tout entier desséché par le feu.
On dit, en effet, que l’impiété des habitants attira sur eux la foudre qui l’embrasa; il subsiste encore des traces du feu divin, et l’on peut voir les vestiges presque effacés de cinq villes. On y trouve aussi des fruits remplis d’une cendre renaissante, revêtus d’une couleur semblable à celle des fruits comestibles, et qui, dès qu’on y porte la main pour les cueillir, se dissolvent en vapeur et en cendre. Telles sont les légendes relatives à la région de Sodome, confirmées par le témoignage des yeux. »

Bien qu’ayant une réalité  botanique, le pommier de Sodome a enflammé l’imagination jusqu’à devenir un arbre gigantesque dans certaines descriptions de « voyageurs ».

The voiage and travaile of Sir John Maundeville

Apple of Sodom, The voiage and travaile of Sir John Maundeville, ré-édition éd. 1725, p. 101.

  • L’arbre qui pleure du royaume du prêtre Jean

Tout l’Occident fait circuler, de bonne foi, la Lettre du Prêtre Jean, et nul ne met en doute l’identité de son auteur. On la traduit, on la recopie. Les encyclopédies en font grand cas. On retrouve en 1339 le fleuve de Paradis et les soixante-douze rois sur la mappemonde du Majorquin Angelino Dulvert. La Lettre circulera pendant deux bons siècles. Elle est le véhicule d’un rêve exotique. Il est, en une contrée lointaine, un monde chrétien qui pourrait protéger l’Occident des invasions musulmanes.

Arbre qui pleure - pretre Jean_crop_366x454« Item, en notre terre, est l’arbre de vie, duquel sourd le chrême. Et cet arbre est tout sec et un serpent le garde et veille toute l’année, le jour et la nuit, excepté la nuit de la Saint Jean où il dort jour et nuit. Alors nous allons à l’arbre pour avoir du chrême et, sur toute l’année, il n’en sort que trois livres qui viennent goutte après goutte. Quand nous sommes auprès de ce chrême, nous le prenons, puis nous nous en retournons tout bellement, de peur que le serpent ne s’éveille. Cet arbre est près du Paradis terrestre, à une journée. Et quand ledit serpent est éveillé, il se courrouce et crie si fort qu’on l’entend à une journée de là. Il est deux fois plus grand qu’un cheval et il a neuf têtes et deux ailes. Il nous court après, çà et là, et quand nous avons passé la mer, il s’en retourne. Alors nous portons le chrême au patriarche de Saint Thomas, qui le consacre, et c’est de lui que nous sommes tous baptisés, nous, Chrétiens. Ce qu’il en reste, nous l’envoyons au patriarche de Jérusalem, et celui-ci l’envoie au Pape de Rome, lequel le consacre et le multiplie au moyen de l’huile d’olive, puis l’envoie dans toute la chrétienté d’au-delà la mer. »

L’illustration est issue du Science and literature in the middle ages and at the period of the renaissance, 1878, p. 153. (Fac similé d’une gravure du XVI siècle).

Lien de l’article : https://krapooarboricole.wordpress.com/2018/01/22/des-arbres-legendaires-des-botanistes-aux-voyageurs/

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