Premier bilan et prise de parole commune au nom du mouvement contre l’aéroport

Samedi 10 au moins 30 000 personnes sont déjà arrivées sur la zad pour
la mobilisation du 10 février et pour « enraciner l’avenir ». Deux
cortèges sont parti du Gourbi et Saint-Jean-Du-Tertre avec 8 fanfares et
10 chorales venues de tous le pays, un triton, un crocodile et un dragon
géants, ainsi que diverses représentations de projets contestés. Tout le
monde s’est rassemblé dans un des champs de la ferme de Bellevue où une
effigie du défunt projet d’aéroport a été brûlée en musique dans
l’esprit du carnaval et dans la joie de la victoire de notre lutte. Des
groupes continuent à affluer, alors que la fête va se poursuivre dans la
soirée. Nous sommes d’ores et déjà entièrement satisfait de cette
mobilisation et de cette démonstration de soutien au projet porté par
les différentes composantes de la lutte pour le futur de ce territoire
unique. Dans un premier temps, cette mobilisation démontre aussi un
refus de toute tentative d’expulsion des habitant.e.s actuel.le.s de la
zad au printemps.

Vous trouverez ci-dessous le texte de la prise de parole commune du
mouvement de 16h00 énoncée à plusieurs voix sur un chariot de foin à
côté du hangar de l’avenir.


Notre Dame des Landes 10 février 2018 : Enracinons l’avenir !

Prise de parole commune au nom du mouvement contre l’aéroport
(Acipa, Adeca, Copain44, Naturalistes en lutte, des habitant-e-s de la zad,
Coordination des orgas opposantes)

Bonsoir à tous/toutes ! Et tout d’abord un immense merci pour votre présence !
Lorsque nous avons choisi ce slogan pour notre rassemblement « Nddl enracinons l’avenir » nous étions
encore dans cette interminable période où nous attendions et espérions l’annonce de l’abandon, sans encore
oser y croire. Nous avons fait ce choix moins parce qu’il nous semblait pertinent pour tous les cas de figure
possibles que parce que depuis de longues années déjà nous nous projetons vers l’avenir.

Aujourd’hui, la victoire est totale pour ce qui était la première phase de notre lutte : l’abandon de l’aéroport
confirmée par l’expiration de la Déclaration d’Utilité Publique (DUP). Nous la fêtons ensemble aujourd’hui,
dans un soulagement immense, dans les cris, les pleurs, les étreintes avec vous tous/toutes qui nous avez
soutenu-e-s.

Cette première phase a été une lutte populaire et fraternelle, qui au fil des années a su faire agir côte à côte
ce que nous avons appelé ses « composantes » formelles ou moins formelles. Ce sont des paysan-ne-s, des
propriétaires, des citoyen-ne-s de la région, des associations et organisations syndicales (paysannes et
ouvrières), environnementales, citoyennes, politiques, d’élus… sans oublier des collectifs à base
professionnelle (juristes, pilotes, chefs d’entreprise… ), les bien nommé-e-s « naturalistes en lutte », les
occupant-e-s venus défendre la zone à partir de 2007, les paysan-ne-s de COPAIN, les 200 collectifs Nddl
créés partout en France. Cette liste est non chronologique et non exhaustive, tant toutes les énergies se sont
interpénétrées avec des formes d’actions très différentes pour parvenir à la première victoire : l’abandon du
projet d’aéroport. La DUP, cet outil de destruction préméditée, ce véritable vol de terres au profit d’intérêts
privés sous couvert d’Utilité Publique, a expiré hier. Les mensonges de l’État et la faillite de ses procédures
de décision ont éclaté aux yeux de tous

Aujourd’hui, le mouvement a dégagé collectivement la D281 pour rendre à ses usager.es/voisin.es la
possibilité d’une utilisation partagée. Il faut répondre à leurs besoins de circulation et prendre en compte les
problèmes de sécurité des riverains (ralentisseurs, limitations de vitesse, corridors pour amphibiens et autres
hôtes du bocage..), tout ceci en discussion entre les services de l’État et les Naturalistes en Lutte
notamment. Les divers chantiers nécessaires à la remise en état de la route sont en cours, . Ils vont durer
encore plusieurs semaines

Cette victoire, nous la fêtons dans une ambiance particulière, car nous sommes trois jours avant le mardi
gras, en pleine période de carnaval. C’est la fête des humbles chahutant les puissants, la fête des passages,
où une saison vient de se finir sans que l’on ait encore basculé dans la suivante. La fin de cette lutte d’un
demi-siècle contre l’aéroport laisse place à de nouveaux enjeux et combats, ici et ailleurs. Le carnaval ne
célèbre pas un changement d’ère, il l’accompagne, voire le suscite.
Nous sommes ici pour enraciner l’avenir : car enracinés, nous le sommes depuis longtemps déjà, enracinés
par nos pères et mèresdans ces landes qu’ils ont travaillées, choyées… Ils et elles sont présent-e-s ici avec
nous, comme le sont tant de camarades qui ont puisé sans compter dans leurs forces pour notre lutte. Nous
avons une pensée très forte pour tous ceux et celles qui nous ont quitté-e-s avant de voir notre victoire

Enraciné-e-s, nous le serons plus encore par tous ces arbres dont nous allons prendre soin et que nous
planterons dès que le temps le permettra.

Ces plantes sont venues de partout, certaines apportées par des collectifs venu s d’autres luttes. Nous avons
très délibérément placé notre fête de la victoire sous le signe de la solidarité avec ces collectifs . Cette
solidarité s’est construite depuis longtemps déjà, lorsque nous nous sommes rendu-e-s compte très
concrètement à travers nos rencontres que nous racontions touset toutes la même histoire : destruction de
terres nourricières et de bio-diversité, gaspillage d’argent public, mépris des populations, cadeaux à Vinci ou
à d’autres multinationales, sans compter la folie des projets liés au nucléaire…

Dans notre fête de ce jour, nous avons tenu à laisser une large parole à ces luttes sœurs, qui portent leursmessages depuis ce matin dans les déambulations, qui ont brûlé avec nous les projets dont elles exigent la
disparition. Elles nous ont soutenu-e-s, nous ont inspiré-e-s autant que nous-mêmes avons pu le faire.

Nous les invitons à saisir avant leur départ, si elles le souhaitent, les bâtons plantés le 8 octobre 2016, gages
de notre serment de défendre le bocage de Nddl. Ils deviendront ainsi les gages de notre solidarité vis-à-vis
d’eux. Ils deviendront les canaux de ce grand réseau de luttes par où circulera notre commune énergie…
Saluons la présence de camarades en lutte contre différents projets : projet d’enfouissement nucléaire à
Bure, LGV Lyon-Turin, projet de centrale à gaz de Landivisiau, projet de parc d’attraction de Guipry-
Messac, projet de Central Parc de Roybons, la ferme des mille vaches
Pour toutes ces luttes sœurs, nous sommes là, nous serons là !

Enfin voici les principaux éléments sur le projet d’avenir commun que nous envisageons pour la zad. Une
délégation commune du mouvement est prête à le porter auprès des différentes structures institutionnelles
qui se penchent déjà sur la propriété des terres, sur leur usage et celui des communs de la zad…

Dans l’objectif de la réalisation de nos six points, nous avons envisagé deux étapes principales :
La première étape qui s’ouvre aujourd’hui concerne en priorité l’usage des terres et des communs. Elle a
quelques objectifs majeurs.

– Nous voulons faire entendre le plus rapidement possible notre refus d’expulsions qui n’ont plus
aucune raison d’être une fois acté l’abandon du projet. La date annoncée du 31 mars est très proche.
Et ce message doit être entendu immédiatement. c’est l’une des raisons de cette mobilisation.

– Nous voulons que les habitant-e-s qui le souhaitent puissent se projeter dans un avenir commun sur
la zad,. Cet avenir sera construit de manière collective et solidaire. Nous veillerons à la sauvegarde
des éléments naturels fragiles.

– Pour obtenir cela, dans l’immédiat nous exigeons le gel de la redistribution institutionnelle des
terres. afin qu’elles n’aillent pas à l’agrandissement d’exploitations déjà existantes.

– La création d’une entité juridique provisoire, reconnue et représentative de l’ensemble du
mouvement, est en cours. Elle doit permettre de réaliser les actes officiels concernant la zone : des
mandats de gestion des terres ou des communs, des signatures de convention précaires
d’exploitation… Il s’agit de permettre par le biais de cette association la meilleure protection possible
pour tous les types de projets, agricoles ou non agricoles, conventionnels ou hors cadre… Cela peut
se faire en particulier par la reconnaissance d’un droit d’expérimentation sur la zone. Il s’agit
d’élargir les possibles.

– Cette première étape devra également porter une exigence d’amnistie pour les faits et procédures
engagées dans le cadre de la lutte contre le projet d’aéroport.

Tous ces points exigeront un important travail collectif, le maintien du rapport de force que nous avons su
créer, et votre soutien à tous et toutes.

La deuxième étape doit nous permettre la mise en place d’une entité pérenne issue du mouvement qui
prenne en charge les terres de la zad. Il nous faut du temps pour bâtir cette structure : rappelons que la
solution pour les terres du Larzac par la création de la Société Civile des Terres du Larzac a mis trois ans à
s’élaborer.

La situation est inédite.Il va être très long de démêler les questions de propriété sur la zone, et nous ne
disposons d’aucune jurisprudence.
De nombreuses réflexions, des rencontres avec d’autres lieux, et d’autres structures (personnes utilisant les
fonds de dotation…) ont déjà eu lieu et vont se poursuivre. Nous devons exiger du temps.

Nous nous projetons ensemble dans l’avenir, confiant-e-s face à nos incertitudes, aux difficultés qui ne
manqueront pas de survenir mais que nous saurons dépasser.

Nous sommes au premier jour des saisons futures !

Lien de l’article : http://zad.nadir.org/spip.php?article5147

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